Désormais on travaille de chez soi, durant les trajets, en espace de coworking et même en vacances ! Notre perception de la notion de la vie publique et de la vie privée est embarquée par notre exposition croissante sur le Web. Nous passons en moyenne près de cinq heures chaque jour devant nos écrans, et à 8h par jour c’est de l’hyper connexion. Les frontières nettes autrefois, s’estompent. Avec les différents réseaux sociaux, ces limites sont devenus floues et poreuse, c’est le concept du blurred lines.
To blur, signifie « brouiller », effacer
Inéluctablement, on se remémore la situation de la crise sanitaire qui a accru les usages numériques. 65 % des Français déclarent avoir utilisé davantage Internet pendant le confinement. D’ailleurs, le numérique a été perçu par près de 7 Français sur 10 comme un soutien pour maintenir l’économie et le lien social. Cette hausse du recours au digital durant la pandémie s’accompagne d’une augmentation de la confiance portée par les Français envers le numérique. Soit plus cinq points par rapport à 2019.
Par l’échange abondant de contenus, par notre manière de naviguer sur Internet, nous livrons tant d’éléments qui renseignent sur nos vies privées. Pour avoir une petite idée de cette ampleur, je vous invite à télécharger une copie de l’archive des données récoltées par Google, où l’on trouve plusieurs gigaoctets de ce que nous pensions avoir effacé, ou qui aurait été englouti par les années.
Cette augmentation de l’usage d’Internet, accompagné d’un excès de confiance dans le numérique, pousse à nous maintenir de plus en plus connecté. Fait exceptionnel : notre législation à anticipé la régulation à mettre en place!
En effet, COCORICO ! la France a été le premier pays au monde à intégrer depuis janvier 2017, le « droit à la déconnexion ». Tous les entreprises sont concernées, c’est très honorable, mais dans les faits, peu suivi, à en croire le sondage ifop en 2017, dans lequel 78 % des cadres répondait qu’ils consultaient leurs mails et SMS professionnels pendant leur temps libre.
Or nous ne sommes pas tous égaux. C’est un sujet qui nous impacte différemment, car certains d’entre nous ont plus de difficultés à établir des limites dans leur connectivité, pour différentes raisons. Comme le perfectionnisme, ou le manque de confiance en soi, par exemple. Cette présence addictive donne l’illusion d’un contrôle, illustré par le syndrome du FOMO : Fear Of Missing Out. Une anxiété caractérisée par la peur de manquer une information ou autre évènement sur les réseaux. Une étude montre que le FOMO se produit fréquemment chez les personnes qui développent des besoins psychologiques insatisfaits.
Quid du principe marketing de l’employee advocacy, qui invite les entreprises à engager toujours plus les collaborateurs ? Cette démarche, est en effet une stratégie marketing dont le but est de transformer les salariés en « ambassadeurs » de l’entreprise. Non, je ne vais pas vous infliger « comment élaborer un programme en 7 étapes » ! En revanche, je vais vous fournir un chiffre : les ambassadeurs des entreprises peuvent booster jusqu’à 45 % les ventes, par le social selling. Cette pratique doit être accompagnée : avec la crise sanitaire, la mise en place du télétravail, la disponibilité permanente des collaborateurs, ont pu menacer son équilibre personnel, voire détériorer la qualité de son travail, favoriser le stress, provoquer une baisse de motivation et de concentration.
Ce droit à la déconnexion implique avant tout une obligation de le négocier et la mise en place d’une charte le respectant.
Quelle routine pour notre propre régulation ? Du réveil jusqu’au coucher, il n’y a pas de limitation à l’absorption dès lors que nous nous rendons sur les écrans. Alors, qui applique une discipline de consultation sur le Web? Instaurer des horaires, pour lire ses mails, d’autres pour s’informer, pour faire ses recherches ou pour jouer ou se détendre. Alors on peut adopter cette habitude: noter nos activités digitales, et le temps passé pour chacune. Pour conscientiser ce que l’on fait.
C’est une façon de sortir de l’immédiateté et de prendre du recul, de réguler sa dépendance. Au-delà de la frontière vie digitale, vie physique, c’est la dopamine, définie comme l’hormone du plaisir et de la récompense, qui joue un rôle dans la motivation, la satisfaction et le renforcement des habitudes.
Un ancien vice président de Facebook Chamat Paliha Pitya, a déclaré opportunément « ce que nous voulons, c’est comprendre comment vous manipuler le plus rapidement possible pour vous gratifier en retour d’une bouffée de dopamine. «
Alarmant !
Pour conclure, cette anecdote, narrée par Rob Sullivan, le fondateur de Profecia : Pendant des siècles, les moines et les communautés religieuses ont pratiqué la désintoxication à la dopamine. L’activation de cette dopamine n’est donc pas récente, mais ses leviers prennent différentes formes à travers les siècles !
Ce billet est issu de ma chronique PatchTech sur l’excellent podcast TrenchTech,
que vous pouvez écouter ici ! https://smartlink.ausha.co/trench-tech/patch-tech-blurred-lines-digital



