… l’être humain, et la machine ?
Pourquoi chercher à tout prix à faire des machines qui nous ressemblent ? La technologie nous a permis de nous affranchir de notre condition physique.
Nous ne savions pas voler, nous avons alors construit des avions. Et maintenant on veut faire décoller des voitures ! On n’a jamais digéré l’histoire d’Icare en fait.
Rien de nouveau sous le soleil : faire faire par des machines plutôt que faire par des humains. Ainsi, l’homme modèle son environnement et se donne illusion de contrôler la nature. L’automatisation offre bien sur l’opportunité de se recentrer sur des tâches à haute valeur ajoutée, pour une économie de temps, sans altérer ses forces physiques.
Mesdames, j’ai envie de faire une aparté ! Nous qui donnons la vie. Avons-nous réellement besoin de cette illusion ?
Albert Moukheiber, neuroscientifique, souligne que le danger n’est pas dans la machine, mais dans notre propre projection sur elle. Et c’est là tout le propos !
La machine, miroir de l’humain.
Pourquoi toutes ces tentatives afin que la machine ressemble à l’humain ? Ce mimétisme factice permet d’établir une relation que d’aucuns considère humaine. Jusqu’à lui confier ses secrets, son intimité. On le voit, avec certains qui utilisent ChatGPT comme confident ou comme psy. Sans pour autant payer une seule séance!
Kelly Wagman et Lisa Parks du MIT, soulignent que les machines ne sont pas de simples objets neutres, car dans leur conception même, il y a des relations de pouvoir, des valeurs humaines, des projections sociales.
Et cette discipline scientifique porte un nom : la Bertologie. Elle cherche à comprendre comment les machines, à leur manière, produisent du sens. Derrière chaque algorithme, il y a un être humain avec ses biais, ses obsessions, c’est un miroir paradoxal. L’objet imité nous renvoie à nos propres fragilités.
Abordons alors la question du contrôle et de l’autonomie des machines. Selon Alain Staron de la société Artifeel, la nouveauté réside dans le transfert du contrôle à la machine. Ce à quoi, nous ne sommes psychologiquement pas préparés.
D’ici quelques années les interfaces technologiques deviendront aussi naturelles et omniprésentes que l’électricité. Essentielles, mais dissimulées dans leur complexité. Appuyer sur un interrupteur électrique, c’est mécanique ! Il n’y a plus de réflexion. On souhaite juste apporter de la luminosité. Mais elle structure nos vies.
Qu’en est-il des enjeux éthiques et psychologiques ? Pour le philosophe Luciano Floridi, au fur et à mesure que les machines deviennent intelligentes, il faudrait les concevoir de façon à préserver ce qu’il y a d’humain. Plus la machine devient autonome, plus elle cesse d’être un outil, et devient une entité. Avec une logique propre.
Cette singularité nous mettrait-t-elle en opposition avec nous-mêmes ? Allons jusqu’au bout, par ce corollaire de Serge Tisseron : avec la multiplication des robots, on pourrait devenir moins tolérants envers le caractère imprévisible ou contradictoire des relations humaines. Parce que les robots eux, auront des réponses toutes formatées.
Imaginez ce dîner parfait, sans débat, sans contradiction. Ce serait un enfer de politesse algorithmique.
Côté Ouest, le vent transhumaniste nous questionne aussi :
Oui, cette fascination, des entrepreneurs de la Silicon Valley pour des idées eugénistes se traduit aussi dans la manière dont les acteurs conçoivent la technologie. Ils tendent à projeter sur la machine des caractéristiques humaines, idéalisées, avec en option, l’immortalité. Cela conduit à l’anthropomorphisme, qui répond à un besoin de projection et de contrôle en prêtant une personnalité et des intentions à la technologie.
L’être humain peut donner du sens à son interaction avec elle, et ainsi la rend plus intuitive, plus familière, plus docile, une forme de domestication symbolique. Et du coup plus rassurante. Mais cela engendre une tension psychologique.
D’un côté, le désir que la machine soit proche de nous, et de l’autre, la peur que cette proximité révèle nos imperfections, et notre mortalité. Le fait que la machine ne soit qu’une imitation.
On en arrive à remettre en question la frontière entre le vivant, et le non vivant, jusqu’à aboutir à des situations totalement absurdes, où des humains se marient avec des poupées, ou avec une table ! Mais ce désir de soumettre le réel est plus rapide que la constitution de modèles intellectuels, nous permettant une grille de lecture, afin de comprendre rationnellement ce monde.
Yuval Noah Harari avance même « que les algorithmes nous connaissent mieux que nous-mêmes. Et le jour où nous les laisserons décider pour nous, nous aurons cédé notre humanité ».
La frontière est fine entre les progrès vertigineux et la perte de nos libertés.
Ce jour là, Siri choisira notre Psy,
et Alexa … notre Président de la République.

