Dans la tĂȘte des gĂ©ants de la Tech

Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, Ray Kurzweil, Elon Musk sont maintenant connus de tous. Leurs ambitions et leurs moyens fascinent, autant qu’ils nous inquiùtent.
La notoriĂ©tĂ© des leaders des BigTech dĂ©passe parfois celle de nos gouvernants. Les crĂ©ateurs de ces firmes rĂšgnent sur les rĂ©seaux communautaires et par la mĂȘme, sur notre ordre social.

Il faut aussi admettre que l’intĂ©rĂȘt des mĂ©dias pour ces personnalitĂ©s porte autant sur leur fortune, dĂ©mesurĂ©es que sur leur psychĂ©.
Loin de moi d’avoir la prĂ©tention d’analyser le profil psychologique de ces big boss, je vous propose un florilĂšge de rĂ©flexions de quelques experts, qui abordent les traits comportementaux et aussi leurs dĂ©sirs, ou leur dĂ©lires.

Commençons par Jeff Bezos. Les traits de son visage singulier, trÚs mobile, et son asymétrie, sont éloquents. Rappelons que notre visage comporte 26 muscles pour exprimer nos émotions, nos sentiments ou pensées diverses.
Maxence Brulard, expert en morphopsychologie le dĂ©crypte ainsi : son nez puissant convexe et saillant s’assimile un peu Ă  un brise-glace. Son intelligence Ă©motionnelle invite Ă  des passions multiples, Ă  provoquer, Ă  ouvrir de nouvelles perspectives, qui pousse le fondateur d’Amazon hors des limites. Il fonctionne par impulsions successives. Et son intelligence paradoxale pourra passer d’un comportement Ă  un autre sans aucun Ă©tat d’ñme.
Christian Chavagnieux, Docteur en Ă©conomie, va encore plus loin : « Jeff Bezos a toutes les caractĂ©ristiques des plus grands escrocs. C’est ce qu’on appelle un pervers narcissique. Il est obligĂ© de compenser une douleur d’enfance par une survalorisation de lui-mĂȘme. Il dĂ©veloppe un instinct de prĂ©dation qui va lui faire trouver tout ce qu’on ne lui a pas donnĂ©. »


Faisons maintenant une digression avec Ray Kurzweil : Directeur de l’ingĂ©nierie chez Google, et futurologue amĂ©ricain. Il a créé plusieurs entreprises pionniĂšre dans la Tech, mais il ne semble pas animĂ© par l’ambition de bĂątir un empire. Lui, sa raison d’ĂȘtre, c’est plutĂŽt le transhumanisme. Il est un grand promoteur de la fusion totale entre l’homme et la machine

C’est lorsque j’ai fait la dĂ©couverte suivante Ă  son sujet, que je me suis penchĂ©e sur les aspects psychiques de cette personnalitĂ© hors du commun:
Le pĂšre de Ray Kurzweil est dĂ©cĂ©dĂ© lorsqu’il avait une vingtaine d’annĂ©es.
Il a eu dùs lors, une seule obsession : le faire revivre ! Depuis, il conserve tous les souvenirs de son pùre disparu, dans l’espoir de lui redonner vie, un jour, grñce à l’intelligence artificielle.
Il tĂ©moigne : » j’ai toutes ses factures d’électricitĂ©, ses lettre d’amour, ses partitions de musique. L’idĂ©e, Ă  partir de toutes ces informations, est de crĂ©er un avatar. Voire, une copie encore meilleure, de re-concevoir la personnalitĂ© de mon papa. » Et il s’occupe aussi de lui-mĂȘme : ainsi, Ray Kurzweil avale deux cent pilules par jour pour retarder son vieillissement. Parmi ses prĂ©dictions sur la durĂ©e de vie humaine, nous serions Ă©ternels Ă  partir de l’an 2050.

En ce qui concerne Peter Thiel, il Ă©tait dans les annĂ©es 90 l’élĂšve de RenĂ© Girard, le Darwin de l’anthropologie, qui a dĂ©veloppĂ© la thĂšse du dĂ©sir mimĂ©tique.

« Nous sommes tous en imitation permanente, car l’autre qui nous voit dĂ©sirer, va lui-mĂȘme dĂ©sirer encore plus ce qu’il voulait. » Initialement co-fondateur de Paypal avec Elon Musk, dĂšs 2000, il est convaincu que les premiers hommes capables de vivre mille ans, sont dĂ©jĂ  nĂ©s. Et il compte bien figurer parmi les Ă©lus ! Il est devenu le plus en vue sur le mouvement du transhumanisme. En attendant, l’entrepreneur se gave d’hormones de croissance, et il a pris ses dispositions pour se faire cryogĂ©niser.

Ensuite parlons de l’incontournable Mark Zuckerberg, qui a mĂȘme fait l’objet d’un film.
« Son impassible visage, qui a souvent l’air prĂ©occupĂ© et anxieux, est en recherche permanente de reconnaissance », observe David Finsher le rĂ©alisateur du film t »The social network ».
Il a 100 millions d’amis sur Facebook, certes, mais il reste un grand frileux Ă©motionnel, et mĂšne un train de vie monastique. Son bĂ©bĂ©, Facebook, illustre une utopie sociale. Celle d’un espace totalement pacifiĂ© car Zuckerberg voit l’empereur romain Auguste comme un modĂšle : la construction d’un empire de paix.
Il a d’ailleurs prĂ©nommĂ© ses enfants Auguste et Maxima.

Le conflit et les ennemis n’existent pas sur ce rĂ©seau social. Si il y a un contentieux, l’ami peut ĂȘtre supprimĂ©. Ou bloquĂ©. Cela donne une certaine idĂ©e de son approche relationnelle.

Et pour conclure, un flash sur Elon Musk : « Je suis seulement un incompris. Â»

Patron de Tesla, il rĂ©vĂšle ĂȘtre atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme, qui n’est pas d’origine psychologique. Son enfance n’a pour autant pas Ă©tĂ© facile, avec la sĂ©paration de ses parents, le harcĂšlement subi Ă  l’école par son attitude de geek.
Musk a beau ĂȘtre un gĂ©nie qui connait jusqu’au moindre dĂ©tail l’intĂ©rieur d’une voiture, et le moteur d’une fusĂ©e, il veut aussi tout contrĂŽler. Il ne dĂ©lĂšgue rien. Lorsque la Tesla Model S est sortie de l’atelier, il se couchait sous les voitures pour inspecter les passages de roues. Elon est conscient du caractĂšre anormal de son comportement, et il Ă©crit : « Je suis par nature un obsessionnel compulsif. Ce qui compte pour moi c’est de gagner. Ça doit ĂȘtre provoquĂ© par un trou noir psychanalytique ou par un cours circuit neuronal. « 

Comme quoi avec lui, toute explication, est rationnelle et technique !!


Cette rĂ©flexion est issue de ma chronique PatchTech, sur le super podcast TrenchTech, dont vous retrouverez l’audio ici : https://podcast.ausha.co/trench-tech/patch-tech-dans-la-tete-des-geants-de-la-tech

Critique … de la critique de la tech !

En 1990 les dĂ©buts d’Internet, en 1997 le premier rĂ©seau social que tout le monde a oubliĂ© : Sixdegrees/ dot/ com.

Facebook qui atteint le Graal en 2008, est devenue la plate-forme dominante des mĂ©dias sociaux avec plus de 100 millions d’utilisateurs mensuels, atteignant les 3 milliards aujourd’hui.

A l’origine, ces plates-formes Ă©taient relativement inoffensives, et permettaient aux internautes de crĂ©er des pages, sur lesquelles publier des photos, des informations familiales, et au fil du temps, un partage de dĂ©tails plus intimes, pour se mettre en scĂšne. Or, il est aujourd’hui clair que notre naĂŻvetĂ© a Ă©tĂ© prise au piĂšge et fait le jeu du mĂ©pris du bien commun, et de toute rĂ©gulation, les intĂ©rĂȘts commerciaux des plateformes – somme toute lĂ©gitimes- passant bien au-delĂ . 

Quelle est la chronologie du business model ?
L’amorce s’est faite par la publicitĂ© ! Au cours de sa croissance Google a pu Ă©valuer le contenu d’une page et la maniĂšre dont les utilisateurs interagissent avec elle. Cette « publicitĂ© par ciblage de centres d’intĂ©rĂȘt Â» gĂ©nĂ©rait en 2004, un chiffre d’affaires quotidien de 1 million de dollars ; Ce chiffre a Ă©tĂ© multipliĂ© par plus de 25 en 2010 !
PortĂ©e par l’abondance des donnĂ©es rĂ©coltĂ©es Ă  grande Ă©chelle, dans l’objectif de produire des annonces en ligne les plus pertinentes.  

Alors la 2e Ă©tape, c’est la dĂ©tection de nos engagements par les « like Â» de tel contenu, les clics sur telle ou telle publicitĂ©, pour opĂ©rer la prĂ©diction des comportements. Car, servir les besoins rĂ©els des consommateurs a moins de valeur, est moins lucratif pour ces entreprises, que vendre des prĂ©dictions sur nos agissements en ligne.

On parle du grand concept de capitalisme de surveillance ? 

Oui, avec Shoshana Zuboff, universitaire et sociologie américaine! Qui a théorisé ce concept.
Par le visionnage des documentaires amĂ©ricains comme « Hold up sur nos datas “ ou « DerriĂšre nos Ă©crans de fumĂ©e Â», dans lesquels les plateformes dĂ©voilent les dessous de leur design, nous avons Ă©tĂ© informĂ©s, puis convaincus que c’est le cas.
Selon ces documentaires, l’expĂ©rience humaine est utilisĂ©e Ă  des fins Ă©conomiques. Mais ensuite, cette influence peut potentiellement se transformer en un contrĂŽle sur nos choix politiques, comme nous l’avons dĂ©couvert par exemple avec l’affaire Cambridge Analytica.

Les allĂ©gations de Shoshana Zuboff, dans son ouvrage « Vous ĂȘtes maintenant contrĂŽlĂ© Ă  distance », convergent sur ces rĂ©flexions et invitent Ă  une prise de conscience collective en arguant que « Deux milliards de personnes auront des pensĂ©es, qu’elles n’avaient pas l’intention d’avoir Â».  

Toutes ces assertions nous rĂ©galent de science-fiction dystopique, mais pour certaines, il y a trĂšs peu de preuves
 Le sociologue SĂ©bastien Broche, lui, reproche Ă  Shoshana Zuboff de ne jamais Ă©valuer les faits qui vont Ă  l’encontre de ses dĂ©clarations, qu’elle s’en tient Ă  des prĂ©conisations gĂ©nĂ©rales en matiĂšre de lutte contre la surveillance en oubliant d’inscrire ce “capitalisme” dans une histoire plus large Â».

Quant Ă  Tristan Harris, qui tĂ©moigne dans « The Social Dilemma », il rallie cette prise de parole alarmante en affirmant que les concepteurs de mĂ©dias sociaux peuvent aller jusqu’à nous forcer Ă  avoir des pensĂ©es indĂ©sirables.

Rappelons que Harris est titulaire d’un diplĂŽme en informatique de Stanford et a travaillĂ© chez Google, mais il n’a aucune formation en sciences humaines et sciences sociales de la technologie,
ce qui pourrait lui apporter une prise de recul apprĂ©ciable. Ses thĂšses sont d’ailleurs contestĂ©es.

Quel crĂ©dit donner aux informations auxquelles nous sommes exposĂ©s ?
Est ce que le prestige du producteur de l’information peut ĂȘtre gage de fiabilitĂ© ?
Prenons un exemple, moins virtuel mais parlant :

En 2017, le Cabinet McKinsey affirmait que 60 % des professions auraient 1/3 de leurs activitĂ©s automatisĂ©es par « l’intelligence artificielle » d’ici 2030.  Contraignant entre 400 et 800 millions de travailleurs Ă  chercher un autre emploi. Mc Kinsey vend des services de conseil aux entreprises.
Par consĂ©quent, la firme a tout intĂ©rĂȘt Ă  ce que les dirigeants accrĂ©ditent l’information qu’ils seront confrontĂ©s Ă  un environnement transformĂ©. Injectant ainsi de l’inquiĂ©tude auprĂšs des dĂ©cideurs, pour gĂ©nĂ©rer des commandes d’études et des analyses stratĂ©giques.
D’ailleurs, en quĂȘte d’élĂ©ments de preuve de ces chiffres de 2017, je trouve ceci : Toujours selon un rapport Mc Kinsey, de juin 2020, soit 3 ans plus tard, environ 22 % des emplois en Europe pourraient ĂȘtre automatisĂ©s d’ici 2030. Leur prĂ©diction de taux d’automatisation des emplois est passĂ©e de 60 % Ă  22 % !

Ce que j’avance ici est d’interroger et de multiplier des sources contradictoires ou concordantes, en matiĂšre de technologie, pour approcher d’une certaine objectivitĂ©.
À partir d’un fait, nous pouvons produire deux types de narrations : l’une orientĂ©e communication, avec plus ou moins de remaniement,
l’autre informationnelle, se dĂ©ployant dans un esprit d’éveil avec des sources citĂ©es, recoupĂ©es, et des expertises en attestant.
Finalement le battage médiatique pro tech est tout aussi préjudiciable que le battage médiatique antitech !

Ce billet est la retranscription de ma chronique PatchTech du super podcast TrenchTech , que vous pouvez écouter ici https://smartlink.ausha.co/trench-tech/patch-tech-critique-de-la-critique-de-la-tech

Le sujet bouillant de l’influence.

Du buzz à l’influence, une simple histoire de manipulation ?

Votre objectif : 20 000 followers. Des gains de 5000 € par mois.
Si vous ĂȘtes prĂ©sents sur les rĂ©seaux sociaux, vous ĂȘtes peut-ĂȘtre amusĂ© de cette promesse, proposĂ©e par la sociĂ©tĂ© Ambaza, la premiĂšre Ă©cole d’influenceurs française. Au-delĂ  du buzz, plutĂŽt bad, de l’annonce de l’ ouverture de cette formation de 28h pour 1 200 euros, reconnaissons l’ampleur de la tendance et de l’intĂ©rĂȘt pour l’influence dans toute son envergure.

RĂ©cemment, Bloomberg a partagĂ© un sondage. Il en ressort qu’un europĂ©en sur dix est prĂȘt Ă  quitter son emploi actuel dans les six prochains mois, pour tenter de faire carriĂšre de influenceurs sur TikTok.

Pour reprendre les mots de Cyril Attias, fondateur de l’une des toutes premiĂšres agences de social mĂ©dia, en 2020 : « l’influence digitale n’est pas un sujet Ă  la mode, c’est une vraie transformation sociĂ©tale, de consommation et d’usages intergĂ©nĂ©rationnels. » Et dans cette amplification, le rĂŽle de la viralitĂ© technologique. C’est un rĂŽle essentiel ! Les plates-formes en ont permis l’avĂšnement. ConsidĂ©rer qu’avec une seule publication sur une publication sur une plate-forme digital, les prescripteurs peuvent partager une information information, un avis politique, recommander un produit ou un service, auprĂšs de milliers voire des millions de personnes selon la viralitĂ©. Et ce, en quelques secondes. Nous sommes presque tous impliquĂ©s.

62 % des consommateurs rĂ©agissent au moins une fois par jour aux publications d’un leader d’opinion.

DerriĂšre ces activitĂ©s fructueuses, se cache un vice, un concept moins vertueux, celui de la manipulation : comment situer la frontiĂšre entre l’influence et la manipulation?
Nous y sommes ! Et c’est Robert B. Cialdini, psychologue social amĂ©ricain, qui dĂ©taille ces frontiĂšres : il explique pourquoi certaines personnes sont douĂ©es d’un remarquable talents de persuasion, et comment il est possible de les battre sur leur propre terrain. Il dĂ©livre donc sept armes de persuasion dans un large panorama de technique et thĂ©orique en tout genre, pour obtenir quelque chose de nouveau, sans que nous nous y opposions. Ces moyens peuvent se mettre en place grĂące a notre dangereuse tendance Ă  nous laisser influencer. Car nos comportements humains se rĂ©pĂštent, automatiquement et frĂ©quemment, et le virtuel valide ce postulat.

Comment, dans cette infobésité pouvons-nous distinguer les contenus à visée manipulatoires ?

Le recours Ă  l’influence n’est que la partie Ă©mergĂ©e est visible de tout un champ de propositions. Or, Ă  la capacitĂ© d’influence, rĂ©pond la compĂ©tence d’écoute, d’audit des flux et des conversations des communautĂ©s. On propose ici le triptyque de l’intelligence Ă©conomique.
Veille, production et influence. Car selon Carlo Revely, chercheur en sciences de l’information Ă  l’universitĂ© Paris X et auteur de plusieurs articles sur le sujet, « tout organisme doit apprendre Ă  maĂźtriser les flux informationnels avant de prendre une quelconque dĂ©cision stratĂ©gique ».
GrĂące au partage, aux commentaires et aux like sur les plates-formes, l’écoute des rĂ©seaux sociaux permet d’identifier les signaux faibles. La dĂ©tection, de ses signaux est le point fort des rĂ©sultats de la veille. Cette notion de signal faible remonte aux annĂ©es 70. Mis en perspective dans un contexte prĂ©cis, ils peuvent s’avĂ©rer extrĂȘmement instructifs et apporter un dĂ©cryptage et des analyses positives pour nourrir les stratĂ©gies Ă©conomiques des entreprises et les soutenir dans leur performance.

Cela apporte la vision de « comment s’organise le monde autour de nous, la sociĂ©tĂ© connectĂ©e ?  » Et c’est un monde qui Ă©volue trĂšs vite.

Cette Ă©coute, cette infĂ©rence sociale, est maĂźtrisĂ©e par quelques agences, avec des outils technologiques Ă©laborĂ©s sur-mesure, qui permettent de dĂ©couvrir 10 Ă  100 fois plus de contenus et de personnes pertinentes, qu’une recherche par mot-clĂ©. Or la puissance de la boucle, peut ĂȘtre un formidable moyen de glisser vers la manipulation, et la dĂ©sinformation voire, la surveillance. Cette Ă©coute active est donc le terrain de l’influence mais aussi des risques et beaucoup plus forts, est portĂ© par des entreprises puissantes ? – Oui, et d’autres business trĂšs profitables , se font jour.

Mediapart a dĂ©noncĂ© rĂ©cemment l’une des plus grandes entreprises de manipulation de l’information intervenue en France, et rĂ©vĂšle tout un Ă©cosystĂšme qui partage les dĂ©marches pour promouvoir les intĂ©rĂȘts de leurs clients mais aussi dĂ©zinguer la concurrence. Leur mĂ©thode : tromper le public en publiant des articles semblant rĂ©digĂ©s par des journalistes indĂ©pendants, sur des sites et des plateformes ressemblant plus ou moins Ă  ceux de journaux ou mĂ©dias. Dans le cadre de mes activitĂ©s de communication d’influence, j’ai moi-mĂȘme Ă©tĂ© approchĂ©e. A l’issue de l’entretien, je reconnais ne pas avoir du tout identifiĂ© l’usage dĂ©voyĂ© et rĂ©prĂ©hensible de leur offre de collaboration. J’avais, comme Ă  l’accoutumĂ©e, carte blanche pour rĂ©diger les articles sur mes sujets de prĂ©dilection et la possibilitĂ© de signer les billets auxquels j’adhĂšre. J’ai toutefois refusĂ© leur proposition , car ce procĂ©dĂ© bien que confortable ne rĂ©pondait ni Ă  mon Ă©thique, ni Ă  mes besoins d’investigation n conclusion, le zoom est souvent fait sur l’influence, mais cet angle sape les Ă©tapes prĂ©cĂ©dentes.

Le dĂ©roulĂ© de l’équation gagnante serait, pour toute entreprise, la courbe vertueuse : Veille et Ă©coute, infĂ©rence sociale, analyse, production, et en cerise sur le gĂąteau, l’influence !

Chronique issue du podcast Trench Tech, avec Laurence Devillers :
« IA et robots, il faut voir comme ils nous parlent !  » https://podcast.ausha.co/trench-tech/laurence-devillers-ia-robots-il-faut-voir-comme-ils-nous-parlent

« Notre attention, sous Ă©coute. Â»

Les plates-formes mondiales, Facebook, TikTok ou Twitter, ont ouvert l’ùre de l’économie de l’attention.

Commençons par nos pratiques d’internautes : 62,5 % de la population mondiale utilise Internet et sur les rĂ©seaux sociaux il y a 4,62 milliards d’utilisateurs actifs.

Ces chiffres, Ă©crasants, et croissants indiquent qu’il serait impossible de revenir en arriĂšre. Car le Web est intĂ©grĂ© dans tous nos processus Ă©conomiques, politiques, sociaux. Nous passons en moyenne 6h58 par jour sur Internet, le zoom est souvent opĂ©rĂ© sur le temps d’écran, mais cela n’a aucun sens.

Faisons un parallĂšle avec l’alimentation : devant l’abondance de contenus, notre consommation numĂ©rique serait comme Ă©valuer la nourriture consommĂ©e Ă  son poids. 5 kg de salade verte n’équivalent pas 5 kg de frites, vous en conviendrez.

Pour Google et les Gafa, le dĂ©fi et la captation de l’attention, c’est le capital recherchĂ© par les plates-formes. Notre niveau d’attention est une source de valorisation des contenus des messages publicitaires

Quelles sont les tactiques de ces plates-formes pour retenir les internautes ?
Une fois que nous sommes connectĂ©s, c’est un flux continu, un fil d’actualitĂ© sans fin entre les rĂ©seaux sociaux, les mails, les SMS.

Une illustration :les applications tĂ©lĂ©chargĂ©es sur nos smartphones, nous privent des signaux d’arrĂȘt nous indiquent qu’il est temps de passer Ă  autre chose. Inversement, la lecture d’un journal ou le visionnage d’une sĂ©rie, une fois les pages du journal tournĂ©es, nous parvenons au bout de l’édition. Une fois l’épisode de la sĂ©rie terminĂ©e, mĂȘme si vous enchaĂźnez sur le suivant, il comporte une fin.

Les notifications sont l’une des fonctionnalitĂ©s et plus stressantes de nos smartphones, c’est pourquoi nous sommes maintenus en alerte permanente, lorsqu’elles sont activĂ©es.Parlons aussi des rĂ©compenses alĂ©atoires prodiguĂ©es sur les plateformes

Ces rĂ©compenses sont efficaces lorsqu’elles sont intermittentes et non prĂ©visibles. Le rĂ©sultat attendu est reliĂ© Ă  une part d’incertitude. Afin que nous soyons soit déçu, soit Ă©merveillĂ© devant ce qui s’affiche sous nos yeux. C’est d’une efficacitĂ© addictive redoutable.

Il en découle de la dépendance à ses nombreuses interfaces et services.

Les plates-formes, les réseaux sociaux nous apprennent à devenir accro.
Ces techniques employées se basent sur nos besoins anthropologiques ?

Oui, car dĂšs la 10e seconde, il nous faut un nouveau stimulus, une autre recommandation car notre contexte mental est remis a zĂ©ro. Parmi nos besoins primaires se trouve aussi celui de la reconnaissance sociale. C’est un besoin d’appartenir Ă  une communautĂ©. L’ego est Ă©galement l’un des piliers de notre motivation Cela permet ensuite aux plates-formes de produire et dĂ©velopper des modĂšles prĂ©dictifs pousser de plus en plus performant , pour parvenir Ă  optimiser cette captation de l’attention.

Et au passage, les plates-formes en profitent pour collecter des donnĂ©es personnelles ? Oui, comme l’intelligence artificielle de Facebook, qui manipule des trillions de points de donnĂ©es par jour, rĂ©alisant plus de 6 millions de prĂ©dictions de comportement, Ă  la seconde. Tout ceci va trĂšs loin : mĂȘme les moteurs de recherche construisent des frontiĂšres de l’information en personnalisant les rĂ©sultats en fonction de notre gĂ©olocalisation, de notre langage etc.

Alors que nous sommes convaincus que nos explorations sur ces moteurs de recherche sont non exhaustives, et ouvertes. À ce propos, le site « search atlas Â» permet de comparer les rĂ©sultats Ă  travers diffĂ©rents pays d’une mĂȘme requĂȘte, sur Google

Avec ce constat affligeant, comment réagir ?
RĂ©trospectivement l’apprentissage du Web a Ă©tĂ© pensĂ© pour qu’il se rĂ©alise instinctivement. Avec un regard distanciĂ©, nous rĂ©alisons qu’un apprentissage accompagnĂ© avec mĂ©thodologie s’impose pour notre sociĂ©tĂ©.

La premiĂšre Ă©tape est de reconnaĂźtre que la source d’une distraction est 90 % du temps Ă  l’intĂ©rieur, et non Ă  l’extĂ©rieur de nous, observe cet expert, en mĂ©canismes d’addiction : Il ne s’agit pas de dĂ©nigrer notre comportement, mais il s’agit d’opĂ©rer sa propre rĂ©gulation plutĂŽt qu’un sevrage brutal. Individuellement posons-nous la question :

  • En nous connectant, de quoi avons-nous vraiment besoin ?
  • De quoi avons-nous envie d’ĂȘtre averti ?

Nous devrions prendre l’habitude de prĂ©ciser nos intentions avant tout de connexion Puis, Ă©valuer la qualitĂ© de l’expĂ©rience. Cela concerne l’éducation Ă  la consommation de l’information, c’est la redĂ©finition nĂ©cessaire de nos usages d’internautes.

PlutĂŽt que d’ĂȘtre dĂ©fensifs, soyons acteurs responsables en postant intelligemment. Sans engager nos enfants, par exemple, en Ă©vitant de publier les Ă©chographies ou les photos de nos bambins. Au-delĂ  d’un modĂšle Ă©conomique, Internet est un modĂšle civilisationnel. Qui a un impact fondamental sur le fonctionnement de la dĂ©mocratie : on peut lĂ©gifĂ©rer, taxer, mais nous devrions nous sentir responsable.

Podcast TrenchTech avec HĂ©lena Poincet : » cyber-sĂ©curitĂ© la menace fantĂŽme »
https://podcast.ausha.co/trench-tech/cybersecurite-la-menace-fantome

Les travailleurs du clic sont les invisibles du numĂ©rique, un phĂ©nomĂšne mĂ©connu

On les dit «invisibles Â» : en France 260 000 personnes, microtravailleraient.

DerriĂšre nos applications, nos sites Web, Surtout nos algorithmes des milliers de travailleurs s’activent dans l’ombre pour faire fonctionner le mot numĂ©rique.

Au niveau mondial il serait entre 45 et 90 millions. Ce sont les clic workers. Ça sonne bien, mais cela n’évoque pas vraiment le travail et ce marchĂ© de la gig economy, qui signifie littĂ©ralement l’économie des petits boulots. Elle dĂ©signe tout travailleur indĂ©pendant ou auto entrepreneur, payĂ© Ă  la tĂąche.

Leur profil ? Des femmes en majorité, 56 %, entre 25 et 44 ans.

Plus précisément, ces clic workers nettoient des bases de données, modérer des contenus, évaluer des applications en ligne, cliquer sur des liens, classer des mots-clés, légender une photo, répondre à un questionnaire, etc


Des petits boulots rĂ©alisĂ©s entre 10 secondes et 15 minutes en ligne, effectuĂ©s sur un ordinateur ou un smartphone, et qui rapporte quelques centimes voire quelques euros. C’est une infinitĂ© de micros taches qui contribue Ă  amĂ©liorer les systĂšmes d’intelligence artificielle. Car pour fonctionner, cette technologie doit ĂȘtre nourrie par d’énormes bases de donnĂ©es, conçues par des humains, Ă  partir desquelles elles apprennent. Pour le moment, Ă  dĂ©faut de se nourrir, ses employĂ©s nourrissent les data.

Un clic worker tĂ©moigne sur cette tĂąche qui consiste Ă  jouer Ă  une sorte de jeu vidĂ©o. Les micros travailleurs doivent se diriger vers les personnages aux prĂ©noms d’origine française, en appuyant sur la touche « avancer Â», et s’éloigner des prĂ©noms d’origine maghrĂ©bine, en appuyant sur la touche « reculer Â».

AmĂ©lie est modĂ©ratrice, et modĂšre du contenu toute la journĂ©e. Elle se heurte Ă  la violence des images de meurtre, suicide, racisme. Le pire pour elle, mais je ne la citerai pas car c’est humainement intolĂ©rable. Ce qu’elle voit initie des risques de stress psychologique et traumatique. Qui ne sont pas pris en charge ni mĂȘme reconnu par les plates-formes. Ces travailleurs du clic sont payĂ©s uniquement sur les commandes. Par exemple, si un client ne valide pas la micro tĂąche, le travailleur n’est pas rĂ©munĂ©rĂ©. Beaucoup d’entre eux, vont jusqu’à se crĂ©er des alertes en pleine nuit, pour maximiser leur chance de dĂ©crocher une mission.

Sans jamais avoir la certitude d’ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© puisqu’une tĂąche inachevĂ©e dans les temps est remise sur le marchĂ©.

Ce sujet sensible un rĂ©veil aussi les arnaques dans son approche commerciale. PrĂ©sentĂ© en 2018 comme entiĂšrement automatisĂ©, l’assistant vocal Google duplex Ă©tait supervisĂ© par des personnes qui Ă©coutaient et corrigeaient l’intelligence artificielle et parfois, se faisaient passer pour l’assistant vocal, qui simulait un ĂȘtre humain. L’intelligence artificielle produite par les plates-formes n’est finalement pas aussi automatisĂ©e qu’il n’y paraĂźt et bel et bien nourrie par de l’intelligence humaine, Ă  moindre frais.

Quelles sont les conditions de travail de ces personnes ?

Les modalitĂ©s de travail des clic workers ont de quoi inquiĂ©ter : le temps est limitĂ© pour aller aux toilettes : cinq minutes, vingt minutes pour aller dĂ©jeuner. De plus lorsque l’on travaille pour certaines plates-formes comme Google, les tĂ©moignages sont en mode anonyme. Il leur est mĂȘme interdit de travailler dans des lieux publics. La mission peut ĂȘtre stoppĂ©e par l’entreprise ou l’employĂ© virĂ©, sans prĂ©avis, Il n’y a pas de contrat mais un simple accord de participation voire, la seule adhĂ©sion aux conditions gĂ©nĂ©rales d’utilisation de la plate-forme. Le tout dans une grande opacitĂ©. GĂ©nĂ©ralement les travailleurs ne savent pas pour qui ils agissent.

Dans cette affaire ce sont les plates-formes les gagnantes ?

DerriĂšre les algorithmes d’Uber, Facebook, Deliveroo, Google, et d’autres comme Amazon Mechanikal Turk, la croissance et de 25 Ă  30 % par an. De fait, ces travailleurs du clic sont majoritairement issus d’Inde, des Philippines, du Pakistan, du Bangladesh, suivi des États-Unis et de l’Europe de l’Est. La grande difficultĂ© pour rĂ©guler le micro travail, rĂ©side dans sa dispersion gĂ©ographique et le fait que peu d’individus travaillent Ă  plein temps. Il demeure, a minima, une rĂ©gulation. Par l’application de lois existantes. Mais il n’y a pas de voix collective pour dĂ©fendre leurs droits. Du cĂŽtĂ© du pays scandinaves, on trouve l’expĂ©rimentation d’une nouvelle forme de modĂšle : la flexi sĂ©curitĂ©. Une libĂ©ralisation totale des contrats et des conditions d’embauche ou de licenciement.

Il y a tout à faire pour encadrer et ne pas amplifier la paupérisation, quelles perspectives pour conclure ?

Pour certains prospectivistes, la gig economy est une phase de transition du marchĂ© de l’emploi. Avant l’ùre du transfert, ou l’on cumule des missions diffĂ©rentes pour des employeurs diffĂ©rents. Ces plates-formes opĂšrent dans une zone grise qui n’offre aucune des protections de nos sociĂ©tĂ©s au travail : assurance maladie, retraite, chĂŽmage.

Dans ce domaine, l’essor de la tech et des plates-formes se fait au dĂ©triment de la qualitĂ© de la vie humaine par la prolifĂ©ration de nouveaux travailleurs pauvres, partout dans le monde, y compris en France. Selon un sondage Full Factory 40 % de ces personnes ont un CDI, 71 % d’entre elles travaillent Ă  temps plein, et 22 % vivent sous le seuil de la pauvretĂ©. Il faut souhaiter, par la visibilitĂ© des dangers et de cette prĂ©caritĂ©, d’une prise de conscience politique, et des outils juridiques.

Une chronique Patch tech, extraite du podcast TrenchTech, avec Nicolas Arpagian : https://podcast.ausha.co/trench-tech/guerre-tech-aux-frontieres-du-reel

La loi d’Amara, donne des perspectives Ă©bouriffantes sur l’innovation !

Et vient Ă©clairer quelques domaines comme celui de la Tech. En effet, d’une technologie Ă  l’autre, certains principes voient le jour comme celui de la loi de Amara. RoyAmara, a fondĂ© l’ « Institut pour le futur », think tank de la Silicon Valley en 1968 : « Nous avons tendance, Ă  surestimer l’incidence d’une nouvelle technologie Ă  cours terme, et Ă  la sous-estimer Ă  long terme.. Â»

À quel type de technologie fait rĂ©fĂ©rence Amara? Prenons un premier exemple, celui du GPS. Les usages actuels Ă©tait inimaginables au dĂ©part. La premiĂšre phase, c’est l’idĂ©alisation des potentialitĂ©s techniques, Ă  court terme. Le GPS a Ă©tĂ© créé dans un but prĂ©cis, mais cela a Ă©tĂ© fastidieux pour arriver Ă  des performances conformes aux attentes initiales. Cet objectif Ă©tait de permettre Ă  l’armĂ©e amĂ©ricaine de livrer prĂ©cisĂ©ment les munitions.

Une constellation de 24 satellites a Ă©tĂ© alors mise en orbite. C’est durant la premiĂšre guerre du Golfe en 1991 que le GPS retrouve son objectif premier. Le systĂšme a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© opĂ©rationnel en 1995. Il a fallu d’autres succĂšs pour que l’armĂ©e admette que cette invention Ă©tait utile.
En deuxiĂšme phase, aujourd’hui, le GPS a envahi tant d’aspects de nos vies que sans lui, nous serions perdus. IntĂ©grĂ© dans l’Apple Watch, il nous gĂ©olocalise suffisamment prĂ©cisĂ©ment pour savoir de quel cĂŽtĂ© de la rue nous sommes. La taille, minuscule, et le prix de l’appareil, aurait Ă©tĂ© inconcevables pour les premiers ingĂ©nieurs de cette technologie.

Le robot est une autre illustration intĂ©ressante de la loi d’Amara. Car l’on peut en matĂ©rialiser l’évolution de maniĂšre visuelle et fonctionnelle. La science-fiction est le genre d’anticipation le plus Ă  mĂȘme de parler de robot. Nombre d’Ɠuvres participent Ă  cette soif de prophĂ©tie Ă  travers la technologie et mĂȘlent dans nos esprits le fantasme, et l’angoisse..

On parle de Terminator ? Non, mais de « AI intelligence artificielle » une fiction de Steven Spielberg. L’histoire d’un garçon, ou plutĂŽt d’un parfait petit robot, adoptĂ© par une famille. Cette fiction trĂšs rĂ©ussie fait Ă©merger une multitude d’interrogations ambivalentes, cartĂ©siennes et Ă©motionnelles. En Ă©cho avec les cycles engendrĂ©s par la loi d’Amara. Je me rappelle que lors du premier salon de la robotique créé par Bruno Bonnell en 2010, les stands asiatiques exposaient une majoritĂ© de robots humanoĂŻdes. Alors que l’efficacitĂ© opĂ©rationnelle de la robotique Ă©taient dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre dans les industries. Mais sous des formes moins glamour que Sofia, la gynoĂŻde.
L’explication Ă©tait simple : pour adopter la robolution, autrement dit, la rĂ©volution des robots, il fallait en passer par une reprĂ©sentation humaine. Avec ce paradoxe d’inventer le futur, en reproduisant les caractĂ©ristiques de l’enveloppe corporelle humaine

Isaac Asimov, s’amusait de cette peur InspirĂ© par le robot. Je le cite : j’y voyais une crĂ©ature totalement inoffensive, juste prĂ©occupĂ©e d’exĂ©cuter le travail pour lequel on l’avait conçu, incapable de causer le moindre prĂ©judice aux hommes tandis que maints adultes Victime d’un complexe de Frankenstein voulaient considĂ©rer ces pauvres machines comme des crĂ©atures Mortellement dangereuses. Les techno vont vite mais l’adoption par les utilisateurs enregistre plusieurs Ă©tapes et diffĂšrent en fonction de leur culture, de leur religion.

D’autres sociĂ©tĂ©s remettrait en cause cette loi d’Amara, pour la robotique en particulier ?
Elle serait en tout cas Ă  nuancer. Au Japon, au-delĂ  du vieillissement de sa population qui le pousse Ă  trouver des solutions d’aide aux personnes, a plusieurs annĂ©es d’avance dans sa production et dans son adoption. Leur pratique du shintoĂŻsme convoque des Ă©lĂ©ments animistes, en consĂ©quence duquel le peuple nippon porte de l’affection aux objets auxquels il attache une Ăąme. D’autant plus instinctivement qu’ils ont une lueur d’humanitĂ©.
Ici la technique est d’abord perçue comme une alliĂ©e. En 2010, Bruno Bonnell, Ă©crivait : ce futur monde, peuplĂ© de machines intelligentes et connectĂ©es est au coin du siĂšcle. Se laisser conduire dans un vĂ©hicule autonome, ou confier son corps pour une opĂ©ration chirurgicale fera partie de notre vie. Il Ă©tait visionnaire.
Aujourd’hui la chirurgie robotique est une pratique de plus en plus courante. Avec l’acquisition du robot Da Vinci par diffĂ©rents hĂŽpitaux, ce sont les services d’urologie de gynĂ©cologie, et de chirurgie viscĂ©rale qui sont les premiers Ă  en bĂ©nĂ©ficier. Il permet une plus grande mobilitĂ©, une meilleure prĂ©cision du geste en Ă©liminant des tremblements de la main.
Et pour reprendre ainsi les principes de la loi d’Amara la robotique promet vraisemblablement d’autres horizons. Oui, et la technologie portĂ© par l’imaginaire reflĂšte bien cette loi, emmenant nos pensĂ©es dans le rĂȘve et la magie. Puis, en retombant sur les rĂ©alitĂ©s d’usage, que finalement l’adoption et les amĂ©liorations inscrivent dans notre quotidien bien au-delĂ  des propositions initiales.


On enchaßne sur le métavers ?!

Chronique issue du podcast TrenchTech GĂ©rald Holubowicz – Deep Fake : l’ombre d’un doute
https://podcast.ausha.co/trench-tech/deep-fake-l-ombre-d-un-doute

Pro tech ou anti tech: Peut-on les rĂ©concilier ?

Le rapport Ă  la technologie a des clivages majeurs, que l’on rencontre actuellement. Mais cela n’a pas Ă©tĂ© toujours le cas. Quelques chiffres Ă©bouriffants sur l’adoption des technologies :
Il a fallu 68 ans au transport aĂ©rien pour gagner 50 millions d’utilisateurs,

50 ans pour le téléphone,

22 ans pour la télévision, deux ans pour Twitter

et 19 jours pour Pokémon Go.

Nous sommes de plus en plus adaptables, nos apprentissages sont anthropologiquement plus rapides. Sur la notion de progrÚs, Raphael Llorca, expert en sciences sociales, évoque ce paradigme :
« L’idĂ©e que demain sera nĂ©cessairement mieux aujourd’hui et qu’hier ». Nous avons une vision trĂšs linĂ©aire du temps, couplĂ©e Ă  l’idĂ©e que nous allons forcĂ©ment vers un avenir meilleur. Il lui semble que nous sommes prĂ©cisĂ©ment en train de vivre un basculement de notre rapport au progrĂšs..

Jusqu’au XVIIe siĂšcle, on ne s’intĂ©ressait pas Ă  l’avenir, mais au passĂ©. La religion, et la pensĂ©e antique, Ă©taient la boussole de nos actions, afin de parvenir au bonheur. C’est avec la rĂ©volution scientifique que le progrĂšs nait. GalilĂ©e fonde l’hĂ©liocentrisme en 1610, RenĂ© Descartes dĂ©couvre la gĂ©omĂ©trie analytique en 1637. Cette avancĂ©e rationaliste permet aux techniques de se dĂ©velopper jusqu’à l’avĂšnement de la rĂ©volution industrielle Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, en Europe.

Astronomie / SystĂšme planĂ©taire. “Scenographica systematica Copernicani”. (SystĂšme planĂ©taire hĂ©liocentrique de Copernic, 1510). Grav. sur cuivre, coloriĂ©e. In : Christoph Cellarius, Harmonia Macrocosmica, 1660.

Depuis, le monde a connu d’autres Ă©volutions Ă©conomiques toujours initiĂ©es par une innovation technologique. Puis ce progrĂšs Ă©volue au XXe siĂšcle. Avec la dĂ©couverte de l’ADN, de la bombe atomique, le premier ordinateur, la premiĂšre fusĂ©e, l’ensemble des technologies NBIC, ainsi que les technologies spatiale et nuclĂ©aire.
DĂ©sormais, nous entrons dans une Ăšre dichotomique : Jeff Bezos et les trois autres occupants de Blue Origin ont Ă©mis 75 tonnes de gaz carbonique chacun en 10 minutes. C’est l’équivalent des Ă©missions de 16 français en une annĂ©e. Ce progrĂšs technique s’accompagne inĂ©luctablement d’un autre paramĂštre, celui du dĂ©clin environnemental.

La tech fait-elle l’adhĂ©sion des Français ?

65 % des Français dĂ©ciderait de vivre dans le passĂ© si ils en avaient le choix. Pour autant 79 % des Français se montre majoritairement intĂ©ressĂ© par la technologie et son dĂ©veloppement. Avec la tech, on percute l’imaginaire, on lui offre d’autres dimensions. On a enfin la possibilitĂ© de faire des choses dont nos ancĂȘtres ont rĂȘvĂ©s. Comme rĂ©sorber la pauvretĂ©, manger Ă  sa faim, ça, c’est trĂšs rĂ©cent. Mais la tech est aussi une source d’inquiĂ©tude pour 38 % d’entre nous.

Puisque la technologie, la machine n’a pas de corps, n’a pas de dĂ©sir, de sentiments, c’est Ă  elle que l’on peut confier la rationalitĂ©, et la tĂąche de raisonner. Sur cette notion de rationalitĂ©, Miguel Benasayag philosophe et psychanalyste, dĂ©veloppe la thĂ©orie d’une Ăšre de post rationalitĂ©. AprĂšs avoir perdu la foi dans le rationalisme humain, nous nous tournons vers la foi dans le rationalisme de la machine. Mais nous risquons de prĂ©fĂ©rer la donnĂ©e et le calcul, au libre arbitre. Les nouvelles technos offrent de formidables opportunitĂ©s de progrĂšs, lorsqu’elles sont utilisĂ©s comme outil au service d’ambitions Ă©thiques, ou Ă©galitaires. Mais lorsqu’elles sont pensĂ©es en dehors de tout projet de sociĂ©tĂ©, elles doivent ĂȘtre questionnĂ©es, remises en perspective.

Par exemple, nous avons suffisamment de quoi bien vivre, Mais qu’est-ce qui vient ensuite, aprĂšs ĂȘtre rassasiĂ© ? On peut faire un arrĂȘt sur images, et s’interroger. Plusieurs scĂ©narios pour ce XXIe siĂšcle qui rĂ©vĂšle nos immense pouvoirs technologiques et dĂ©miurgiques avec nos positions de plus en plus fortes face Ă  ces progrĂšs.

Alors, deux scénarios : le premier qui consiste à penser « On va atteindre une crise de plus en plus profonde envers ces technologies ».

Et le second : les Français considÚrent à 77 % que rien ni personne peut enrayer son développement. La tech a une évolution exponentielle, dans tous les domaines, en accélération avec la pandémie.

L’usage de ces tech impacte non seulement nos comportements mais aussi la sociĂ©tĂ©, exhorte Ă  engager la politique, l’économie, la sociologie, l’éthique.
Et cela nous sollicite individuellement, convoquant notre libre arbitre et notre esprit critique. Afin de dessiner la société de demain.

Une chronique pour le podcast TRENCHTECH , que vous retrouvez ici : https://podcast.ausha.co/trench-tech/2042-ou-en-sont-les-femmes-dans-la-tech

Ethique, Data addiction : L’Ă©conomie de l’attention.

OĂč l’on retrouve quelques points de la table ronde organisĂ©e par E Futura octobre 2021

Les participants :
Stefana Broadbent, Professeur Ă  Polytechnique, Docteur en sciences cognitives
Michael Stora, Psychanalyste et fondateur de l’Ecole des HĂ©ros,
Dominique Boullier, Professeur de sociologie.
Et Bibi 😉
Modération des débats : Wladimir Taranoff

La Chine a limitĂ© Ă  40 minutes par jour la durĂ©e d’usage du rĂ©seau TikTok pour les jeunes de moins de 14 ans, et les jeux vidĂ©o en ligne pour les adolescents.
95 % des films qui s’affichent sur notre page d’accueil Netflix sont des recommandations personnalisĂ©es Ă©tablies selon notre utilisation de cette plateforme.

À l’origine de ces plates-formes, nous Ă©tions dans l’engouement de la nouveautĂ©, l’utopie du partage. Mais le business modĂšle d’origine a Ă©voluĂ©, et n’est plus le mĂȘme. Celles-ci tablaient sur des revenus publicitaires, qui aujourd’hui se transforment en monĂ©tisation de la data, donnant lieu d’influer sur nos choix et nos dĂ©cisions.

À la fin des annĂ©es 90 il y a eu une baisse du chiffre d’affaires, les montants de commercialisation par les publicitĂ©s stagnaient. Par notre adoption massive , notre prĂ©sence accrue, les plates-formes ont rĂ©alisĂ© la nouvelle manne financiĂšre qu’elles pouvaient obtenir en monnayant la rĂ©colte abondante de donnĂ©es.
Ces dĂ©veloppements n’étaient pas anticipĂ©s ni du cĂŽtĂ© de l’utilisateur que du cĂŽtĂ© des crĂ©ateurs de ces entreprises. La data est devenue l’or noir, permettant de rĂ©aliser des profilages affinĂ©s de nos typologies.

En effet, l’intelligence artificielle de Facebook rĂ©cupĂšre des trillions de points de donnĂ©es, pour rĂ©aliser 6 millions de prĂ©dictions de comportements Ă  la seconde.
« Car les algorithmes travaillent sur la prĂ©dictivitĂ© de l’ĂȘtre humain .  » Michael Stora s’insurge : l’ĂȘtre humain est tout sauf prĂ©dictible. La conception de l’algorithme 0.1 est binaire, et ne dĂ©finit pas l’ĂȘtre humain. Â»

Par l’injonction de l’immĂ©diatetĂ©, chaque clic dĂ©clenche une rĂ©action, les plates-formes rivalisent. Cette dynamique nous entraĂźne dans ce mouvement de FOMO Fear of missing out, une anxiĂ©tĂ© qui pousse Ă  rester connectĂ© en permanence, pour ne pas risquer de manquer une information ou un Ă©vĂ©nement.
Nous sommes dans une consommation d’urgence, mais passive, qui ouvre la brùche et permet aux plates-formes la recommandation.

Nous voilĂ , sur les rĂ©seaux sociaux, Ă  scroller, de maniĂšre rĂ©gressive, grĂące au design de ces plateformes, pour influer sur notre comportement « : Michael Stora

À l’origine il s’agissait de lisser au maximum les interfaces et de les rendre le plus accessibles possible.
Design et viralitĂ© participent Ă  la suppression le temps de rĂ©flexion, qui induirait un consentement Ă©clairĂ©. La prise de recul est empĂȘchĂ©e, et l’usage du libre arbitre dĂ©tĂ©riorĂ©.
À partir de 60 secondes d’attention nous quittons la plate-forme. En rĂ©ponse , celles-ci proposent des contenus plus en plus courts, par les visuels, la vidĂ©o.

Quels sont les éléments addictifs identifiés ?
Les notifications, sont particuliÚrement stressantes et nous poussent à cliquer pour découvrir les likes et les messages.
Sur une plateforme ou un site, dÚs la 10e seconde, nos stimulus sont réactivés avant que notre attention baisse et soit captée ailleurs.
Le systĂšme de rĂ©compenses alĂ©atoires, est un redoutable mĂ©canisme : une information que nous attendions suivie d’une information dĂ©cevante, nous maintient en alerte.
Sur un flux numĂ©rique, il n’y a pas de signal d’arrĂȘt. Un livre a des chapitres, un magazine Ă©galement, une sĂ©rie a des Ă©pisodes et des saisons, un signal qui indique systĂ©matiquement une Ă©tape, permettant de s’arrĂȘter. Ce n’est pas le cas sur les rĂ©seaux sociaux.

Ces outils fixent la captation de l’attention, phĂ©nomĂšne qui a donnĂ© lieu Ă  la captologie.
Matthew Crawford -philosophe et universitaire amĂ©ricain, insiste sur le besoin de dĂ©velopper cette capacitĂ© de l’attention aujourd’hui « parce que le monde technologique actuel nous aliĂšne en nous retirant des opportunitĂ©s de la dĂ©velopper avec des hyper-stimuli permanents qui flattent notre moi autonome et remplissent les poches des “architectes du comportement de masse”. 
../
  Avec un conditionnement culturel qui :“
 tend Ă  perpĂ©tuer l’illusion du contrĂŽle magique de la rĂ©alitĂ© et l’encourage Ă  percevoir la technologie comme la Maman SuprĂȘme prĂȘte Ă  rĂ©pondre sans dĂ©faillance Ă  tous ses dĂ©sirs, et Ă  le protĂ©ger des frustrations d’un monde alĂ©atoire.” Une vision de la technologie versus une maman, qui rĂ©pond Ă  tous nos dĂ©sirs d’enfants sur-protĂ©gĂ©s.

« NĂ©anmoins, depuis quelque temps, un certain malaise Ă©merge par rapport Ă  cette captation de l’attention. Les dĂ©bats se multiplient, et gĂ©nĂšrent beaucoup de complexitĂ©, mĂȘlant diffĂ©rents registres, Ă©thique, juridique, social. Des analyses en abondance, en dĂ©couleront des propositions pour remĂ©dier Ă  cela.

« Ce modĂšle Ă©conomique de l’économie de l’attention n’est pas intrinsĂšque Ă  la technologie : parmi les nombreux business modĂšle possibles, mais un seul a Ă©tĂ© retenu » : Stefana Broadbent. Et toutes les plates-formes fonctionnent sur le mĂȘme modĂšle Ă©conomique.
Ce qui prĂ©vaut, comme pour toute firme privĂ©e, est la croissance et la rentabilitĂ© Ă©conomique. L’utopie, vertueuse, serait que cette multitude d’ informations publiĂ©es sur la plupart de ces plate-forme soit agrĂ©gĂ©e pour constituer des bibliothĂšques, des stocks informationnels, un bien commun, un partage collectif.
De gĂ©nĂ©rer de l’intelligence collective, Ă©manant de cette communautĂ© de presque 3 milliards d’utilisateurs de Facebook.

Alors. Le numĂ©rique est-il au service de l’ĂȘtre humain, ou sommes-nous Ă  son service et celui des plates-formes ?

Le lien vers cette table ronde foisonnante : https://www.youtube.com/watch?v=2TDzlXW91LQ

Quel avenir pour la presse, en 2021 ? Plein d’espoir !

Le numĂ©rique a pour le moment plus dĂ©truit que créé de la valeur pour la presse. HĂ©gĂ©monie des GAFAs, dĂ©fiance des lecteurs, appel Ă  la rĂ©gulation
 le secteur subit une rĂ©volution digitale – au forceps, accĂ©lĂ©rĂ©e par la pandĂ©mie mondiale. Faut-il pour autant abandonner tout espoir d’embellie ?
Certainement pas. La singularitĂ© de notre culture et une certaine idĂ©e de la presse Ă  la française, ou Ă  l’europĂ©enne, pourraient bien ouvrir une nouvelle voie.

Défiance certes, mais record de consommation online

Le baromĂštre 2020 de confiance dans les mĂ©dias rĂ©alisĂ© par Kantar montre que l’intĂ©rĂȘt portĂ© Ă  l’actualitĂ© est Ă  son niveau le plus bas depuis 1987.

La crise du Covid-19 accĂ©lĂšre inexorablement la fin de la presse papier Ă  travers le monde. Comme le rappelle Cyril Vart, Vice-PrĂ©sident ExĂ©cutif de Fabernovel : « Cela ressemble au marchĂ© de la presse magazine en 2004. Tout le monde Ă©tait prĂ©venu qu’il y aurait du changement avec les mĂ©dias en ligne, mais les mĂ©dias traditionnels n’ont pas su s’adapter. »

Assez logiquement, les confinements de l’annĂ©e 2020 ont pulvĂ©risĂ© les records en termes d’abonnements payants pour les mĂ©dias en ligne. C’est le cas du New York Times, dont les revenus web dĂ©passent dĂ©sormais ceux du papier : entre les abonnements et les revenus publicitaires, 186 millions de dollars au deuxiĂšme trimestre, versus 175 millions pour les ventes et publicitĂ©s papier. En France, autres records : un nombre d’abonnĂ©s supplĂ©mentaires pour les journaux Le Monde, Le Figaro, le site Mediapart 


Qualité des contenus versus gratuité des GAFAs

Dans ce contexte de digitalisation des mĂ©dias, l’enjeu reste celui de la rĂ©munĂ©ration des contenus en ligne viralisĂ©s sur les plateformes d’agrĂ©gation telles Facebook ou Google. Comment rĂ©concilier la qualitĂ© des contenus produit avec la gratuitĂ© de leur distribution ?
D’un cĂŽtĂ©, nous voulons une information vĂ©rifiĂ©e, qualifiĂ©e, produite par un journalisme instruit, ce qui reprĂ©sente un coĂ»t. De l’autre cĂŽtĂ©, le lowcost demande des investissements moindres et sa part de marchĂ© ne cesse de croĂźtre.

En opposition Ă  cet Ă©tat de fait, en aoĂ»t 2018, une tribune de journalistes parue dans Le Monde estime que l’Europe doit adopter sa rĂ©forme du droit d’auteur afin de protĂ©ger la presse de « la prĂ©dation des gĂ©ants du Net Â». Elle rĂ©clame l’attribution des « droits voisins Â» Ă  la presse en ligne. Retour en arriĂšre


Octobre 2019 : Google vient de proposer des accords bilatéraux avec certains médias en Australie, au Brésil, en Allemagne et aux Pays-Bas, pour leur acheter des contenus. Alliance à laquelle résistent les éditeurs de presse français. Le bras de fer commence.
Novembre 2019 : c’est au tour des mĂ©dias français, Le Monde, Le Figaro, LibĂ©ration, l’Express, l’Obs ou encore Courrier International, de signer des accords individuels. VoilĂ  une rĂ©solution qui Ă©quilibre la rĂ©tribution de valeur, Ă  la sauce amĂ©ricaine.

« Au lieu de chercher un modĂšle juste, raisonnable et transparent pour rĂ©munĂ©rer les droits voisins, Google essaie d’imposer sa volontĂ© et son modĂšle aux mĂ©dias. Â» lance Daniel Kretinsky, PDG de CMI dans LibĂ©ration.

Un dossier qui vient de trouver une issue positive, avec la signature d’un accrord entre Google et l’Alliance de la presse d’information gĂ©nĂ©rale le 21 janvier 2021. 

Un rapport singulier Ă  la presse selon les continents

Certes, les plateformes de diffusion ont modifié nos systÚmes, imposant de nouveaux modÚles dans le monde.

En France, l’information est un besoin. C’est mĂȘme un droit traduit par le principe de la libertĂ© de la presse. La presse et les mĂ©dias ont ce rĂŽle majeur d’équilibre et d’accĂšs Ă  la dĂ©mocratie. Nous nous battons Ă©nergiquement pour cette dĂ©mocratie, cette libertĂ©.

Curieusement, les Français caracolent en tĂȘte de ceux qui lisent le moins la presse quotidienne papier : 8% y sont fidĂšles contre une moyenne mondiale de 14% !
RĂ©tribuer un mĂ©dia pour garantir une information fiable n’est pas, non plus, l’apanage de notre sociĂ©tĂ© : seulement 15% d’entre nous se dit prĂȘt Ă  payer, selon une Ă©tude Ipsos menĂ©e dans 29 pays. (Ipsos, octobre 2020)

A l’égard du marchĂ© asiatique, nous nourrissons une fascination certaine, alimentĂ©e par leur phĂ©nomĂ©nale avance technologique. L’accĂšs Ă  l’information diffĂšre. Chaque citoyen chinois est Ă©quipĂ© d’un smartphone : 92,5 % de la population accĂšde Ă  Internet grĂące aux applications sĂ©lectionnĂ©es. Les rĂ©seaux sociaux Ă©trangers dont Facebook et Twitter sont bloquĂ©s, des millions d’employĂ©s contrĂŽlent et censurent ce qui se dit sur Internet.

Autre modĂšle, de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, aux USA. Ici, la constitution ne garantit pas le droit gĂ©nĂ©ral au respect de la vie privĂ©e. Les rĂ©seaux sociaux sont hĂ©gĂ©moniques, portĂ©s par le soutien des hubs : universitĂ©s, gouvernement, entreprises et investisseurs. Ces plateformes ont rĂ©pondu Ă  nos besoins de communautĂ©s, et permis de nourrir nos appĂ©tits d’information, gratuitement -en apparence. Elles participent Ă  la diffusion de l’information, créée par les mĂ©dias, avec la puissance de viralitĂ© qui leur appartient.

« Il en rĂ©sulte une forte dĂ©pendance Ă  Google et Facebook. Pour certains mĂ©dias, cela va jusqu’à 30% ou 40% de leur chiffre d’affaires » constate Sylvain Levy-Valensi fondateur de Webradios Edition.

Un retard de régulation ?

Il est bien trop tard pour nous opposer ou mĂȘme les concurrencer. NĂ©anmoins, les courbes des cycles sont Ă  l’Ɠuvre. Depuis peu, les rebellions se font jour sur le territoire natif des gĂ©ants numĂ©riques, aux USA. Selon G H. Smith, PrĂ©sident du syndicat des intĂ©rĂȘts des radios et des tĂ©lĂ©s, « Ces gĂ©ants font du tort aux 7 500 chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision et radios locales, en siphonnant Ă  hauteur de 70% depuis 20 ans, leurs revenus publicitaires. Â»
Une revendication attestĂ©e : Google et Facebook contrĂŽlent Ă  eux deux 77% des revenus publicitaires sur le plan local.

Sur ce point, il est positif de constater que les diffĂ©rents mouvements politiques s’accordent sur une rĂ©gulation des revenus de ces monopoles.

A l’origine, Ă©tait l’atout gagnant : la prééminence du soutien Ă©tatique, a permis de mener Ă  l’apogĂ©e ces puissances technologiques.

Eric Scherer, Directeur de l’Innovation et des Affaires Internationales de France TĂ©lĂ©visions insiste sur cette dĂ©ficience : « Le manque de soutien politique en Europe pour le dĂ©veloppement de structures est patent. Nous sommes en retard, notamment pour collaborer. Il n’y a pas de sphĂšre publique numĂ©rique europĂ©enne. Â» L’Etat doit jouer son rĂŽle.

Capter l’attention, ou faire d’autres choix

On pense que Facebook vend nos donnĂ©es. Plus subtilement, Facebook les exploite. Ce rĂ©seau social Ă©labore des modĂšles pour prĂ©dire nos actions, et les orienter. Notre psychologie inspire la tech ! C’est l’utilisation de ce que l’on sait de nos comportements cognitifs, qui Ă©labore des technologies.

Ferons-nous ce choix ? Entrerons-nous dans cette compĂ©tition de l’attention, cette exploitation de nos donnĂ©es, en Ă©change de nos usages ?

Ou serons-nous capables d’Ă©laborer un autre modĂšle ?

L’une de nos forces s’opĂšre Ă  travers les rĂ©gulations, les lĂ©gislations en faveur de nos principes Ă©thiques. SubsĂ©quemment, le contrĂŽle pour prĂ©server le droit Ă  la vie privĂ©e.  « Renforcer nos barriĂšres pour prĂ©server nos valeurs ancrĂ©es sur l’humain, notre culture Â», ainsi que le prĂ©conise Sylvain Levy-Valensi.

Cela rejoint notre souhait de souverainetĂ©. « Certes, la frontiĂšre est tĂ©nue avec le protectionnisme, ajoute Mick LĂ©vy, Directeur de l’Innovation chez Business et DĂ©cision. Ce sujet ne concerne pas les USA, car ils ont Ă  la fois un gigantesque marchĂ© intĂ©rieur dynamique, ils ont toutes les meilleures technologies et les donnĂ©es restent sur leur sol. Ni la Chine, avec de surcroĂźt la protection du « great firewall » qui instaure un Internet verrouillĂ© Ă  l’Ă©chelle du pays. »

Quelques pistes à expérimenter

Nous devons nous dĂ©finir. Identifier nos singularitĂ©s, les activer, les dĂ©fendre.

A l’échelle individuelle, par nos usages : l’internaute zappe d’un rĂ©seau social Ă  l’autre, rebondit entre les podcasts, les vidĂ©os, les newsletters… C’est la gĂ©nĂ©ration snacking. Devant la plĂ©thore d’informations, nous pouvons investiguer une piste proposĂ©e par Nesem Ertan, ‘‘le nutritionnisme de contenu’’. Ainsi que nous nourrissons notre corps par des aliments choisis, frais, bios
 nous pouvons travailler Ă  Ă©duquer notre consommation digitale.

Pourquoi pas en adoptant les principes numĂ©riques de la plateforme ? La presse c’est un nom, un mĂ©dia, tel un lieu oĂč l’on se rend, que l’on consulte. Il faut dĂ©sormais, envisager le modĂšle de plateforme. Le media n’a plus une voix unique, il est enrichi par de multiples sources, des interactions, une riche capillaritĂ©. La co-construction s’initie alors, vecteur d’ouverture et de dĂ©veloppement.

Pour l’illustrer, une consultation citoyenne a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e lors du premier confinement : un dialogue journalistes/citoyens qui a identifiĂ© un besoin de coopĂ©ration pour l’éditorialisation de la presse locale. Cela a dĂ©bouchĂ© sur des collaborations concrĂštes, entre journalistes et citoyens locaux. De ces Ă©changes fructueux sont nĂ©es des publications, des rĂ©alisations
Cela permet une proposition d’expĂ©rience, impliquante, bien au-delĂ  de l’internaute simplement lecteur.

Pourquoi pas, aussi, utiliser la technologie comme outil de crĂ©ation. Avec la dĂ©mocratisation de l’intelligence artificielle, les modes conventionnels sont bousculĂ©s. Ainsi, cet article entiĂšrement rĂ©digĂ© par une IA, qui arrive en premiĂšre place sur Hacker News.Et si nous utilisions ces technologies au service de notre crĂ©ativitĂ© ? Pour inventer des produits et des modĂšles qui nous sont propres, qui nous ressemblent culturellement. Et s’élever vers d’autres perspectives.

Cette troisiÚme voie, protéiforme, est à construire.
A cet Ă©gard, le projet de GaiaX lancĂ© en Juin 2020 est prometteur : 180 entreprises et institutions europĂ©ennes se sont alliĂ©es et initient le socle de notre souverainetĂ© numĂ©rique. Une dĂ©clinaison d’une partie des services est Ă  l’Ɠuvre pour les secteurs comme la presse. Si cela fonctionne, ce serait la meilleure possibilitĂ© de dĂ©fendre des valeurs europĂ©ennes de protection de la vie privĂ©e et de diversitĂ©.
La possibilitĂ©, enfin, d’une Europe numĂ©rique indĂ©pendante, sa dĂ©clinaison de services en adhĂ©sion avec nos valeurs.

AprĂšs l’hĂ©gĂ©monie commerciale inquiĂ©tante des gĂ©ants du Net, leur abus de pouvoir patent, c’est de l’équilibre politique mondial dont il s’agit, comme nous l’avons vu avec les rĂ©cents Ă©vĂ©nements de Washington.

Il nous incombe de prĂ©server cette libertĂ©, Ă  travers l’information aussi.

Article publié sur METAMEDIA, Janvier 2021
https://www.meta-media.fr/2021/01/22/quel-avenir-pour-la-presse-en-2021-plein-despoir.html

La crise actuelle est un catalyseur de l’acculturation numĂ©rique

Interview : pour la Newsletter Orange

La soudaineté de la crise du Covid-19 et le confinement généralisé ont propulsé les usages numériques à un niveau jamais atteint. Télétravail, communications privées, apéros en visio
 durant deux mois tout (ou presque) est passé par le canal digital. Quels enseignements peut-on tirer de cette période exceptionnelle ?

Réponses avec Fabienne Billat, conseillÚre en communication et stratégie digitale.

Quels phénomÚnes liés au numérique vous ont particuliÚrement étonnés durant le confinement ?

Fabienne Billat – Au-delĂ  des usages massifs des applications de vidĂ©oconfĂ©rence et du « live » permis par le web, j’ai Ă©tĂ© surprise par la transformation et l’approfondissement des relations pour les personnes contraintes d’utiliser ces outils inhabituels de communication, dans le cadre de leur travail notamment. Le fait de ne pas ĂȘtre physiquement prĂ©sent modifie le charisme des interlocuteurs, leur sĂ©mantique et oblige Ă  dĂ©velopper des compĂ©tences relationnelles trĂšs spĂ©cifiques. C’est un nouveau savoir-faire que nous avons expĂ©rimentĂ© mais qui reste Ă  acquĂ©rir complĂštement.

En France, de nombreuses critiques ont visĂ© la digitalisation du traçage de l’épidĂ©mie alors qu’elle est dĂ©ployĂ©e ailleurs dans le monde. Comment les autres pays ont-ils conduit cette approche ?

F. B. – Tout d’abord, les applis de tracking sont utilisĂ©es Ă  diffĂ©rents degrĂ©s de surveillance : de la simple cartographie de la propagation de l’épidĂ©mie sur le territoire, comme en Allemagne, jusqu’à l’approche sĂ©curitaire, Ă  l’image de TaĂŻwan, oĂč l’appli permet d’alerter les autoritĂ©s. En Allemagne, le systĂšme s’appuie sur le volontariat dans le respect des libertĂ©s personnelles. À l’extrĂȘme inverse, en Chine, le traçage permet de nourrir le « crĂ©dit social » cette appli digitale liberticide qui « note » les citoyens.

Comment expliquer l’attitude de dĂ©fiance des Français ?

F. B. – C’est dans le caractĂšre des Français de se placer dans une position contestataire
 Et il est Ă©vident qu’il est nĂ©cessaire de s’interroger sur le respect des libertĂ©s dans le cadre de nos valeurs dĂ©mocratiques. Mais, d’un autre cĂŽtĂ©, il est Ă©galement impĂ©ratif de pouvoir expĂ©rimenter une technologie pour pouvoir l’évaluer avant de l’adopter ou l’abandonner. Sans quoi, on ne peut pas progresser : la technologie du digital se nourrissant des donnĂ©es, l’usage est en effet essentiel dans un esprit « test and learn ». La maturitĂ© des Français par rapport aux usages du digital souffre d’un certain retard.

La pĂ©riode de confinement a mis en lumiĂšre le rĂŽle essentiel du numĂ©rique pour assurer la continuitĂ© des activitĂ©s des entreprises, de l’éducation
. Quel regard portez-vous sur les forces et faiblesses du numĂ©rique ?

F. B. – Le numĂ©rique est un « pharmakon », c’est-Ă -dire une arme Ă  double tranchant ou un mĂ©dicament avec potentiellement d’importants effets indĂ©sirables. Dans le cadre du tĂ©lĂ©travail, par exemple, le confinement a permis d’expĂ©rimenter une autre façon de travailler et de s’interroger, aussi, sur la possibilitĂ© de mettre en place de nouvelles formes d’organisation du travail. Les mentalitĂ©s ont Ă©voluĂ© en trĂšs peu de temps, ce qui est trĂšs positif pour l’acculturation des individus au numĂ©rique. D’un autre cĂŽtĂ©, ce tĂ©lĂ©travail interroge sur la frontiĂšre entre vie professionnelle et vie personnelle, de plus en plus difficile Ă  maintenir lorsqu’on travaille en entreprise. J’ai la conviction que des formations et des accompagnements doivent ĂȘtre mis en place pour gĂ©rer ce mode complĂ©mentaire de travail.

Pour le numĂ©rique, en gĂ©nĂ©ral, l’aspect nĂ©gatif tient Ă  la gĂ©nĂ©ralisation des usages : plus il y a de volume, plus les risques de consĂ©quences nĂ©gatives augmentent. Mais cette Ă©quation n’est pas spĂ©cifique au digital.

Acculturation, maturité numérique des entreprises
 Quels sont les pays les plus en avance et pour quelles raisons ?

F. B. – Les raisons sont nombreuses et liĂ©es Ă  l’histoire et Ă  la culture voire Ă  la gĂ©ographie humaine de certains pays. Des pays avec des marchĂ©s intĂ©rieurs limitĂ©s, comme la SuĂšde ou IsraĂ«l, se tournent obligatoirement vers l’international et usent du numĂ©rique comme d’un levier. Or, avec l’internationalisation et le numĂ©rique, l’anglais est la condition sine qua none du succĂšs. L’Estonie est un cas particulier : sa forte digitalisation est la rĂ©sultante de son histoire politique qui l’a engagĂ©e Ă  revoir l’ensemble de son systĂšme administratif au moment de la chute de l’URSS. Les pays anglo-saxons et du nord de l’Europe sont Ă©galement en avance sur la digitalisation. D’un point de vue culturel, ces pays sont trĂšs sensibles et attentifs aux notions de service et d’expĂ©rience client. Or, les clients sont friands des usages numĂ©riques via le smartphone notamment. En France, les entreprises sont encore trĂšs orientĂ©es « produit ». Tout l’enjeu de la transformation numĂ©rique tient dans ce changement de paradigme. La crise actuelle peut Ă©ventuellement accĂ©lĂ©rer la prise de conscience mais on ne peut pas changer un modĂšle instantanĂ©ment : il faut une culture de la connectivitĂ© en interne partagĂ©e par tous les collaborateurs et notamment les managers. Le leader ou le management connectĂ© est le moteur de la transformation des entreprises.

En France, l’immaturitĂ© digitale concerne-t-elle tous les types d’entreprises ?

L’immaturitĂ© numĂ©rique touche essentiellement les TPE et PME. En France, on estime en effet que 81 % des entreprises de taille intermĂ©diaire ont engagĂ© leur transformation digitale. Or, mĂȘme les petites structures doivent rĂ©flĂ©chir Ă  leur digitalisation, tout simplement parce qu’elles sont dĂ©jĂ  prĂ©sentes sur le web, parfois malgrĂ© elles, via leurs clients qui se renseignent sur internet et commentent leurs expĂ©riences via les rĂ©seaux sociaux.

La transformation digitale n’est donc pas simplement une question de technologie


F. B. – Absolument. Il s’agit de conduire une stratĂ©gie d’avenir, une nouvelle orientation qui rĂ©sonne avec la culture et l’histoire de l’entreprise et qui embarque les collaborateurs. La transformation ne consiste pas Ă  acquĂ©rir une technologie dite innovante, mais de trouver la technologie qui rĂ©ponde aux besoins de l’entreprise et aux attentes des collaborateurs. L’humain est central.

À l’heure actuelle, quels sont les enseignements que l’on peut tirer de cette crise ?

F. B. – Une crise n’est que le rĂ©vĂ©lateur d’une situation : elle met en lumiĂšre ce qui ne fonctionne pas et ce qui doit ĂȘtre (rĂ©)ajustĂ©, tandis que les expĂ©riences positives doivent ĂȘtre prolongĂ©es. Mieux que des injonctions rĂ©pĂ©tĂ©es, ce rappel exogĂšne, certes soudain et violent, incite Ă  passer un nouveau cap. Il y a une nĂ©cessitĂ© pour tous d’acquĂ©rir une citoyennetĂ© numĂ©rique qui ne pourra s’exprimer que si chacun acquiert des connaissances et des compĂ©tences numĂ©riques qui lui permettront d’exprimer un avis. Cela ne passe pas seulement pas la formation ou l’école mais, aussi, par la curiositĂ© individuelle, l’envie d’expĂ©rimenter pour aller de l’avant et progresser.

Publié en mai 2020

Membre du Comité Stratégique Digital de la Caisse des DépÎts CDC2, Fabienne Billat fait du conseil en communication et stratégie digitale. Elle intervient dans les grands groupes et certaines institutions pour stimuler la transformation numérique en interne et accompagne les dirigeants dans leur présence digitale.
Fabienne Billat @fadouce s’adresse quotidiennement Ă  plus de 40 000 abonnĂ©s sur Twitter.